Le 14 avril 2026, Diem Crenais et Cristina Mouraut, nos deux commissaires-priseurs auront la chance de présenter aux enchères sur http://www.drouot.com quatre oeuvres de l’artiste Juliana Seraphim. L’occasion de mettre en lumière son travail et son univers si singulier entre surréalisme et introspection intime.
Née à Jaffa en 1934, l’artiste palestinienne Juliana Seraphim (1934- 2005) appartient à une génération dont le destin est profondément marqué par les bouleversements du Moyen-Orient au XXe siècle. En 1948, à la suite de l’exode palestinien, elle quitte sa ville natale avec sa famille et trouve refuge au Liban. Cette expérience fondatrice, bien que rarement abordée de manière frontale dans son œuvre, constitue l’arrière-plan silencieux de toute sa trajectoire artistique.
C’est à Beyrouth, dans les années 1950, qu’elle découvre véritablement la peinture. Elle y travaille pour l’UNRWA tout en suivant des cours du soir, avant d’être remarquée par le peintre Jean Khalifé, qui l’encourage à exposer ses premières œuvres. Elle s’inscrit ensuite à l’Académie libanaise des Beaux-Arts, puis poursuit sa formation en Europe, à Florence et à Madrid, où elle développe un langage plastique déjà très personnel.

Dans le Beyrouth des années 1960, alors en pleine effervescence culturelle, Juliana Seraphim s’impose progressivement comme une figure à part. À rebours de nombreux artistes de sa génération, elle ne fait pas de la question politique un sujet central, préférant explorer un univers intérieur, poétique et symbolique.
Une œuvre tournée vers l’imaginaire
L’œuvre de Juliana Seraphim se déploie dans un registre onirique immédiatement reconnaissable. Ses compositions, souvent construites autour de formes organiques et fluides, donnent naissance à des figures hybrides, à mi-chemin entre corps humain, végétation et architectures imaginaires.
Parmi les motifs les plus emblématiques figure celui de la femme-fleur, devenu indissociable de son travail. Ces figures féminines, dont les visages et les corps semblent éclore ou se transformer en éléments végétaux, traduisent une vision profondément personnelle de la féminité. Elles ne relèvent ni du portrait ni de l’allégorie classique, mais apparaissent comme les manifestations d’un monde intérieur.

Juliana SERAPHIM (1934-2005)
Femme surréaliste en buste
Signée et datée 76 en bas à gauche
8.000 / 10.000 euros
Plus largement, l’artiste développe une iconographie mélangeant sensualité, spiritualité et nature. Ses œuvres, qu’il s’agisse de peintures ou de dessins à l’encre, évoquent des paysages mentaux habités par des formes en mutation, des silhouettes flottantes ou des constructions irréelles.

Juliana SERAPHIM (1934-2005)
Vanité
Huile sur toile
Signée en bas à gauche
8.000 / 10.000 euros
Cette dimension a souvent rapproché son travail du surréalisme, même si son approche reste profondément singulière : elle ne cherche pas à représenter l’inconscient de manière théorique, mais plutôt à donner forme à une expérience intime, qu’elle décrit elle-même comme issue « d’images venues de l’intérieur ».
Une exploration du corps et de l’identité
Au-delà de ces figures féminines, Juliana Seraphim s’intéresse plus largement aux métamorphoses du corps. Certaines œuvres introduisent des formes ambiguës, parfois androgynes, où les identités semblent se dissoudre au profit d’une vision plus fluide et symbolique de l’être humain.
Dans ses dessins notamment, le trait devient plus libre, presque automatique, laissant apparaître des figures hybrides où les frontières entre masculin et féminin, humain et végétal, deviennent diffuses. Cette exploration s’inscrit dans un contexte artistique et intellectuel marqué, à Beyrouth comme en Europe, par des réflexions nouvelles autour de la sexualité, de la liberté individuelle et du rôle des femmes dans la société.
Parallèlement, ses paysages, souvent moins connus, participent du même imaginaire. Ils prennent la forme de territoires irréels, faits de montagnes stylisées, d’architectures fantastiques ou d’horizons silencieux, qui prolongent l’atmosphère contemplative de ses figures.

Juliana SERAPHIM (1934-2005)
Composition mystique
Technique mixte sur toile avec sable
Signée en bas à droite
4.000 / 6.000 euros
Une carrière entre Beyrouth et Paris
À partir des années 1960, Juliana Seraphim mène une carrière internationale. Elle représente le Liban dans plusieurs grandes biennales (Alexandrie, Paris, São Paulo) et expose régulièrement en Europe.
Pendant la guerre civile libanaise, elle partage sa vie entre Beyrouth et Paris, poursuivant son travail malgré les bouleversements politiques. Cette circulation entre les deux rives de la Méditerranée nourrit une œuvre qui échappe aux catégories strictement nationales, tout en restant profondément ancrée dans une sensibilité levantine.
Une redécouverte en cours
Longtemps restée en marge des grands récits de l’histoire de l’art, Juliana Seraphim fait aujourd’hui l’objet d’un regain d’intérêt. Elle apparaît comme une figure pionnière, notamment dans son exploration des liens entre féminité, nature et spiritualité.
Son travail séduit aujourd’hui par sa liberté formelle et par la cohérence d’un univers développé en dehors des courants dominants. Entre visions intérieures, figures en métamorphose et paysages imaginaires, Juliana Seraphim propose une œuvre singulière, à la fois intime et universelle, définissant un territoire où le rêve devient langage.
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