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Marine Martineau

Rencontrée sur les bancs de l’École du Louvre, Marine Martineau a choisi la régie des œuvres après avoir obtenu un master 2 Métiers du patrimoine. À 31 ans, elle a déjà travaillé auprès de grands musées comme le Musée du Louvre ou le Palais Galliera, mais également pour le transporteur d’œuvres d’art André Chenue. Elle est désormais régisseur des expositions au musée du Quai Branly- Jacques Chirac et compte déjà plusieurs expositions à son actif. 

Rencontre avec une passionnée toujours en quête de nouveaux défis !

YP : En quoi consiste votre métier de régisseur dans le musée ?

MM : Je m’occupe exclusivement de la régie des expositions temporaires. Une exposition peut se préparer jusqu’à deux ans et demi avant sa présentation au public. Durant cette période de « gestation », j’ai pour mission d’une part de suivre et d’affiner la liste des œuvres présentées, en collaboration avec le commissaire de l’exposition et selon le budget alloué à l’exposition. C’est un travail quotidien, impliquant parfois des négociations avec les prêteurs, qu’ils soient musées, fondations ou particuliers. D’autre part, en parallèle de cette mise à jour de la liste d’œuvres, je dois préparer les marchés publics pour le transport et le soclage des œuvres selon un calendrier précis, puis les analyser et les mettre en application avec nos prestataires afin qu’ils comprennent l’enjeu et l’agenda de l’exposition. Puis a lieu le montage de l’exposition où il faut déjà coordonner la réception des œuvres : chaque œuvre prêtée peut être accompagnée par un convoyeur, lors de son transport entre son lieu de conservation initial et sa mise en vitrine au musée. Il est alors nécessaire d’accueillir ces convoyeurs et veiller à ce que leurs préconisations soient respectées.  Pendant le montage, je travaille aussi en étroite collaboration avec les socleurs, les restaurateurs et les transporteurs pour veiller à ce que tout soit installé, en toute sécurité, pour le jour J et que cela corresponde aux souhaits du commissaire. Il faut ensuite suivre la facturation de ces prestations et préparer le démontage, même processus que le montage mais dans le sens inverse.

YP : Au musée du Quai Branly, on trouve des objets allant de 2 cm. à 16 m. de haut, comme l’impressionnant totem Mât Kaiget dans le hall d’entrée, ce n’est pas comme dans un musée des beaux arts. Cela doit être un vrai challenge d’organiser le déplacement des objets des collections permanentes vers la salle de l’exposition temporaire ?

MM : Oui, mais les objets sont préparés en collaboration avec les régisseurs des collections. Tout est clef en main, car on travaille de concert et en amont avant l’installation. Les jets sont préparés pour leur transport et le musée dispose d’ingénieux socles ou boîtes de conservation qui permettent de transporter des œuvres d’une extrême fragilité, sans avoir à les toucher.  

YP : Quel a été dans votre carrière l’œuvre la plus complexe à déplacer ou à installer dans un musée ?

MM : Lors du déménagement du musée de La Poste, nous avons dû abattre des murs dans le musée et un morceau de la façade pour faire passer la grue qui devait faire sortir une patache, voiture hippomobile de type carrosse ou diligence. Ce grutage a impliqué l’obtention d’autorisations préfectorales et de la RATP afin de bloquer le boulevard et dévier la circulation pour le bon déroulé de l’opération et le transport du carrosse.

YP : Les objets qui vous sont confiés en exposition proviennent parfois de collections particulières et ne sont donc jamais en contact avec le public, ces œuvres nécessitent elles un traitement particulier ?

MM : Cela dépend de l’objet et des exigences du prêteur. Il arrive que l’œuvre ait besoin d’être restaurée pour pouvoir être exposée, dans ce cas, nous devons nous assurer de la faisabilité de cette restauration d’un point de vue du calendrier et du budget de l’exposition. Certains prêteurs peuvent aussi exiger des transports spécifiques ou des loan fees (frais de séjour, … ), mon rôle est de négocier au mieux avec eux afin d’obtenir toutes les œuvres sélectionnées pour l’exposition tout en respectant le budget alloué.

YP : Vous nous accordez du temps en plein démontage de l’exposition « Picasso primitif » (merci 🙂 ), quels ont été les enjeux de cette exposition durant son installation?

MM : L’enjeu majeur a été de faire en sorte que la présentation de chaque œuvre soit conforme aux souhaits de chaque prêteur et du commissaire, bien sûr comme dans toutes les expositions, mais de manière d’autant plus accrue ici puisque nous présentions un nombre important d’œuvres de Picasso, dont trois grands formats accrochés à plus d’1m50 du sol.

YP : Quelle œuvre, tous musées confondus, vous souhaiteriez avoir la chance de faire venir au musée ?

MM : « Les Noces de Cana » de Véronèse, même si cela semble peu vraisemblable qu’une telle œuvre quitte le Louvre pour venir à Branly 🙂 

YP: Et au contraire, laquelle vous souhaiteriez le moins du monde avoir à installer ?

MM : Aucune ! Elles sont tous intéressantes, chaque œuvre a ses contraintes et c’est toujours un enjeu intéressant pour un régisseur.

Propos recueillis par Cristina Mouraut

Crédits photographiques : Musée du Quai Branly – Jacques Chirac / Musée du Louvre 

Suivez toute la programmation du musée du Quai Branly – Jacques Chirac : http://www.quaibranly.fr/

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