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Solveig Placier – Cinabre éditions

En rentrant de vacances il y a trois semaines, une belle et volumineuse enveloppe noire nous attendait. Un cadeau tardif du Père Noël ? Non, la première publication d’une maison d’édition pas comme les autres, CINABRE, qui avait lancé pour le financement de L’Île des morts une campagne de crowdfunding à laquelle nous avions participé.

Le résultat de cette aventure éditoriale, artistique et littéraire est une réussite et nous avons demandé à Solveig Placier, fondatrice de Cinabre, de nous en parler un peu plus…

YP : Cinabre est une maison d’édition novatrice, expliquez-nous pourquoi ?

SP : Cinabre a été créée en novembre 2016. Elle se démarque de l’édition d’art traditionnelle par sa ligne éditoriale thématique et son fonctionnement. La ligne éditoriale est donnée par le mot « cinabre » : il s’agit d’un sulfure de mercure utilisé comme pigment rouge dans les arts depuis des millénaires. Cet élément fut également ingéré par les souverains chinois médiévaux afin d’atteindre l’immortalité et utilisé à la Renaissance par les alchimistes pour transmuter les métaux. Les idées de résurgence et d’immortalité apparaissent alors et s’appliquent dans l’édition à des sujets iconographiques, des mouvements artistiques, des caractéristiques stylistiques, etc. Prenons l’exemple de L’Île des morts : le tableau homonyme de 1880 ressurgit dans l’oeuvre dessiné d’Olivier Moriette reproduit dans le premier ouvrage de Cinabre. Le tableau d’Arnold Böcklin reste ainsi immortel, puisqu’il avait déjà reparu dans nombres de média à travers le XXe siècle ! Quant au fonctionnement de la maison d’édition, il est simple et se réduit à moi-même : je suis force de proposition, je coordonne et conseille le travail des différents intervenants (graphiste, imprimeur, photograveur), je mène la diffusion des ouvrages (merci à Yellow Peacock pour cet article !). Ainsi et en faisant appel au crowdfunding, je reste indépendante et libre d’éditer des ouvrages indépendamment du circuit traditionnel des livres d’art.

                   1200px-Arnold_Böcklin_-_Die_Toteninsel_V_(Museum_der_bildenden_Künste_Leipzig).jpg
L’île des morts – Arnold Böcklin – 1886 – Version du musée de Leipzig

YP : Avec votre cursus scolaire et professionnel (des études d’histoire de l’art et de muséologie à l’École du Louvre, quatre ans dans l’édition chez Hazan puis chez Archibooks, trois ans comme iconographe pour une agence de voyages réputée), les livres d’art ont toujours été à vos côtés, mais comment l’envie de créer votre propre maison d’édition vous est-elle venue ?

SP : Dès que j’ai commencé à travailler dans l’édition, j’ai formulé en mon for intérieur des sujets de livres me tenant à coeur et que je voulais éditer en mon propre nom afin de rester libre des contraintes du circuit éditorial traditionnel et de l’actualité muséale.

YP : Votre première publication n’est effectivement pas commune en raison de sa forme (deux livres de formats différents réunis par un élastique) et son financement (participatif via la plateforme KissKissBankBank), comment avez-vous trouvé l’idée de cette réalisation ?

SP : Ce projet est né d’une rencontre en 2014 avec deux artistes, Olivier MORIETTE et Vincent DAENEN, qui avaient décidé de travailler autour du tableau L’Île des morts d’Arnold Böcklin, l’un en présentant une série de dessins, l’autre une nouvelle littéraire. Ce projet de travaux contemporains parallèles réalisés à partir d’une œuvre du XIXe siècle évoquant le thème universel de la mort m’a tout de suite interpellée. Ce sont les directeurs artistiques du projet, Blanche de LASA et Fabien CATALANO de STUDIO-STUDIO, qui m’ont demandé de travailler à l’édition de cet ouvrage. Dans ce projet collectif, nous avons laissé libre cours à nos envies : deux livres, l’un contenant les réalisations graphiques d’Olivier, l’autre la nouvelle de Vincent, les deux étant réunis par un élastique. Plus qu’un ouvrage, il s’agit d’un objet. Seule une maison d’édition indépendante pouvait publier un tel ouvrage de niche. C’est le financement participatif qui nous a permis de rester libres jusqu’au bout. Ce système de crowdfunding se base sur la prévente d’ouvrages à des souscripteurs avant l’impression. Nous nous étions donné un mois pour récupérer 5500 euros pour 500 exemplaires. En 6 jours, nous avions déjà récolté les fonds !

YP : De quoi parlent ces livres ?

SP : L’Île des morts présente le travail réalisé par les deux artistes qui ont souhaité oeuvrer chacun de son côté d’après l’emblématique et fascinant tableau de Böcklin réalisé en 1880 et conservé à Bâle. Olivier Moriette a déconstruit puis reconstruit le tableau, produisant des dessins très contemplatifs. Vincent Daenen a rédigé une nouvelle tonitruante et quasi surréaliste. Cet ouvrage présente le résultat de leurs recherches artistiques individuelles en les confrontant au sein d’un même objet éditorial.

     

YP : Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans la création d’un ouvrage ?

SP : C’est d’abord éditer un objet fait de papier et d’encre. J’aime l’idée de l’objet livre placé dans une bibliothèque, constituant un savoir imprimé facilement accessible de par son format, son poids, sa taille et son prix. Avoir fondé ma propre maison d’édition, c’est la chance de conserver la maîtrise de la chaîne éditoriale de A à Z, et j’ai autant de plaisir à discuter du contenu avec l’auteur que de négocier le devis d’impression.

YP : Qu’est-ce qui vous plaît le moins ?

SP : Peu de choses, mais je reconnais que le travail de correction est un processus laborieux. Beaucoup de temps et de concentration sont nécessaires pour éviter les coquilles. La peur ultime de tout éditeur, c’est l’erreur d’orthographe ou de syntaxe ! Un livre, une fois imprimé, ne se corrige pas…

YP : L’Île des morts prend comme point de départ une œuvre d’art ancienne. D’après quelle nouvelle œuvre aimeriez-vous réaliser le prochain ouvrage de Cinabre ?

SP : Je souhaiterais revenir à un sujet iconographique plutôt qu’à une œuvre, et traiter de l’iconographie de femmes célèbres comme Sémiramis, reine légendaire de Babylone ou la Reine de Saba. Je voudrais montrer comment elles ont été considérées à travers le temps et l’histoire. J’envisagerais une collection de livres de poche illustrés, chaque volume étant dédié à une figure féminine.

YP : Où peut-on trouver en vente vos publications?

SP : Chez votre libraire de quartier à qui il faudra indiquer le titre et le numéro ISBN (à l’arrière du livre), sur le site de la FNAC et même sur celui d’Amazon !

Propos recueillis par Cristina Mouraut

L’Île des morts – Olivier Moriette & Vincent Daenen
Cinabre éditions – Graphic design : Studio-studio.org
35€ – ISBN 978-2-35733-467-0

 

Exposition des oeuvres d’Olivier Moriette chez BATT COOP, 33 rue Doudeauville, 75018 Paris, métro Château-Rouge ou Max-Dormoy – jusqu’au 30 janvier 2018

Contacter CINABRE :

https://www.facebook.com/Cinabreeditions/

cinabreeditions@gmail.com

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