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Le livre ancien et moderne : un bien culturel de prestige

Si à l’ère du numérique les liseuses électroniques ont pris place sur nos tables de chevet, le livre est à l’origine un véritable bien culturel de prestige. Protégé et mis en valeur par sa reliure, l’ouvrage littéraire est également revendiqué comme objet de collection par les bibliophiles, affirmant leur propriété grâce à l’ex-libris. 

Un objet protégé et mis en valeur par la reliure

Provenant du latin ligare, religare, signifiant « attacher », la reliure est à la fois une technique ancienne et un art, répondant à une nécessité de protéger l’ouvrage mais aussi à une volonté de le mettre en valeur. 

Pour procéder à la reliure d’un livre, le corps d’ouvrage doit premièrement être préparé. Les divers cahiers sont collationnés dans l’ordre puis mis sous presse. Ils sont ensuite cousus entre eux soit par une couture sur nerfs, sur rubans ou sur ficelles. Les plats, protégés à l’intérieur par des contre-gardes et des gardes, sont fixés à l’extrémité des nerfs. La reliure du Discours de la religion des anciens romains, de la castrametation & discipline militaire d’iceux de Guillaume du Choul (lot n°2) a pour sa part fait l’objet d’une couture sur nerfs, visible au niveau du dos de l’ouvrage.

LOT N°2 : Guillaume DU CHOUL (1496 ? – 1555), Discours de la religion des anciens romains, de la castrametation & discipline militaire d’iceux. Des bains & antiques exercitations grecques & romaines.,1581.

La reliure en elle-même revêt diverses formes. Elle est dite pleine lorsque le cuir ou la toile recouvre la totalité des plats, mais est appelée demi-reliure si seuls le dos et les coins sont recouverts ou encore reliure à bandes s’il s’agit seulement du bord des plats. Divers matériaux sont employés comme le maroquin et le chagrin (tirés de la chèvre) mais aussi la peau de veau ou encore le basane (mouton). Les Œuvres complètes de Gessner (lot n°27) sont ainsi protégées d’une pleine reliure faite de basane tandis que l’ouvrage de Miguel de Cervantes Saavedra, Don Quichotte de la Manche (lot n°46), est préservé par une demi-reliure de maroquin de couleur rouge. L’art de la reliure implique donc un jeu de matières et de couleurs auquel s’ajoute le travail de la tranche qui peut également être dorée, comme cela est le cas pour l’œuvre de Justus Friedrich Wilhem Zacharie, Les quatre parties du jour (lot n°22), ou bien illustrée, à l’exemple de La divine comédie de Dante (lot n°63).

Finalement, le doreur procède au décor par la reliure à froid en faisant au préalable chauffer ses instruments au four. Il peut également utiliser la technique de la reliure dorée en employant des feuilles d’or, technique par exemple visible sur la reliure des deux volumes de La Secchia Rapita – Poema eroicomico d’Alessandro Tassoni (lot n°21) qui présente un titre et une tomaison dorés.

LOT N°21 : Alessandro TASSONI (1565 – 1636),
La Secchia Rapita – Poema eroicomico (langue italienne), 1766.

Au XVIIIe siècle, Pierre-Alexis Bradel introduit en France une innovation importante qui contribue à l’objectif de rentabilité induit par la production en série. Généralement, l’ouvrage a un dos lisse et est recouvert de papier ou de toile, tandis que les plats et le dos ne sont plus joints mais séparés par une gorge et les cahiers cousus sur rubans désormais collés dans les contre-plats. Ce type de reliure qui n’avait à l’origine pas vocation à perdurer se généralise pour les livres d’usage courant dès 1840. Cette innovation est observable sur la reliure de deux ouvrages du XIXe siècle (lot n°38) dont le dos est notamment lisse et séparé des plats par une gorge. L’usage de la demi-reliure est également typique de la recherche d’économie du matériau.

LOT N°38 : FRANCE – XIXe SIÈCLE : La Matrone du Pays de Soung, Les Deux jumelles (contes chinois), 1884 ; Lettre de Fénélon à Louis XIV, 1825.

Une propriété affirmée grâce à l’ex-libris

Depuis le XVe siècle en Europe, les contre-plats des livres de collection sont ornés d’ex-libris. L’ex-libris, signifiant en latin « de la bibliothèque de », est une inscription indiquant l’identité du bibliophile propriétaire de l’ouvrage. En passant de collectionneur en collectionneur, l’ouvrage se trouve enrichi de différents ex-libris, nous donnant aujourd’hui la possibilité de retracer son histoire. C’est ainsi que l’on découvre sur le contre-plat ainsi que sur la garde de La Lyre du jeune Apollon de François Mathieu de Beauchasteau (lot n°6) l’ex-libris de Charles Cousin à la devise « C’est ma toquade. Jean s’en alla comme il étoit venu » en sus de l’ex-libris de Paul Desq.

Si l’ex-libris sert toujours à indiquer l’identité du propriétaire, la façon dont il est apposé sur le livre a évolué au cours du temps. Au XVIe siècle, l’inscription est frappée en lettres d’or sur la reliure tandis que par la suite les ex-libris sont gravés et collés sur le contre-plat du volume. A partir du XVIIe siècle, les armes du possesseur sont intégrées à cette inscription et, dès le XIXe siècle, l’identification du collectionneur passe par une référence à ses goûts dans des gravures allégoriques ou à son nom ou son chiffre inscrit sur un label de cuir. L’on trouve ainsi collé dans le Regi seculor immortalis s. humanae salutis monumenta B. Ariae Montani studio constructa et decantata de Benito Arias Montano (lot n°1) l’ex-libris d’A BERARD et dans Les Œuvres complètes de Gessner (lot n°27) l’ex-libris D’Arnal L’Aîné.

Marquer sa possession permet évidemment d’affirmer le prestige de sa collection. Néanmoins, cette action vise également à se prémunir contre les vols. En effet, le livre est un bien convoité pour sa valeur. Au XVIIe et XVIIIe siècles, la constitution de bibliothèques privées par les bibliophiles aristocrates est une parfaite occasion pour exploiter cette double fonction. Au XIXe siècle, les ex-libris se développent avec la multiplication des bibliothèques, et c’est ainsi qu’apparaissent les collectionneurs d’ex-libris. A la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, l’ex-libris revêt des caractéristiques artistiques et devient un véritable objet de création. Aujourd’hui, celui-ci est encore employé comme outil de communication mais est le plus fréquemment envisagé comme un objet de collection artistique à part entière. 

L’ensemble de ces ouvrages issus d’une belle bibliothèque lyonnaise sera mis en vente le mardi 29 juin à 14h. A vos enchères !

Plus d’infos : Vente aux enchères du 29 juin 2021 par Maître Diem Crenais, commissaire-priseur sur Affaire conclue, catalogue visible sur Drouotdigital

Par Agathe MORLION

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